Archives mensuelles : mars 2015

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SAV des néonazis et dénonciation de sans-papiers : le journalisme selon Edouard Choulet

Des hackers antifas allemands ont récemment publié des données provenant de boites mail de militants néonazis européens parmi lesquels figure Julien Bettoni, actif dans le milieu bonehead franc-comtois.

Ce sont les échanges entre Edouard Choulet, journaliste de l’agence de communication Groupe Publipresse qui publie notamment « La Presse Bisontine », et le militant néonazi qui ont attiré notre attention.  Datés de 2011, les courriels reproduits ci-dessous révèlent une certaine connivence entre nos deux compères, c’est le moins que l’on puisse dire.

Dans un de leurs premiers échanges, on est frappé par l’offre de Choulet :

« Jamais je ne ferai l’apologie du nazisme, mais je propose par l’intermédiaire de l’article de permettre aux lecteurs de connaître votre mouvement, ce qu’il porte comme idée« .

Par l’intermédiaire de son mensuel, le journaliste, prévenant ne pas vouloir faire l’apologie du nazisme, ne propose rien de moins que de relayer la propagande du groupuscule néonazi pour mieux la faire connaître aux Bisontins. Voici une capture de ce mail envoyé par Choulet à Bettoni :

Edourad Choulet se tient à la disposition de Julien Bettoni pour relayer sa propagande nazie

Edouard Choulet se tient à la disposition de Julien Bettoni pour relayer sa propagande nazie

Choulet dit ne pas vouloir «tomber dans la caricature» : voilà un écueil difficile à éviter quand on veut traiter du cas Bettoni, prototype même du néonazi ultraviolent. Entre agressions racistes, hooliganisme ou actes de vandalisme sur des mosquées, Julien et son frère Marc, bien connus dans la région, ont un beau pedrigree. On les voit sur la photo ci-dessous avec leur charmante bande de copains du Blood & Honour – Combat 18 France, un groupe qui se revendique terroriste. En mai 2014, les interpellations des deux frères furent conduites sous le commandement d’une section antiterroriste de la gendarmerie dans le cadre des opérations du démantèlement de leur réseau, comme le relate cet article de L’Est républicain.

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Le sympathique Julien Bettoni (en haut à gauche) et son frère Marc (au milieu) ici avec leur joyeuse bande du Blood & Honour – Combat 18 France

Edouard Choulet semble très fier de raconter son principal fait d’arme à son néonazi d’interlocuteur, comme pour le séduire et lui signifier en même temps qu’ils ont les mêmes ennemis, « ces petits bourgeois et cocos ». En effet, dans une « enquête » parue dans le numéro d’octobre 2010 de La Presse Bisontine (via do not link), Choulet avait donné des nouvelles de Siva, qui ne cherchait qu’à se faire oublier des autorités qui lui avaient lâché un peu les basques à ce moment. Choulet ne s’était pas présenté à Siva en tant que journaliste, et ne lui avait bien entendu pas signifié qu’il comptait faire de cet entretien un article. Siva, sans-papier bien connu de la ville et de ses habitants, était alors sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français. L’article avait alerté la préfecture qui, peu de temps après, procédait à l’arrestation de Siva en vue de son expulsion. A l’époque, certains militants avaient avancé que Choulet avait lui-même fourni à la préfecture l’adresse où se cachait Siva. Visiblement plus touché par ce qu’il a ressenti comme un lynchage plutôt que par le fait d’envoyer quelqu’un dans un centre de rétention administrative en vue de son expulsion, nous voyons ici le journaliste tenter de se rapprocher du milieu néonazi avec lequel semble s’installer une certaine connivence.

Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Suite à l'arrestation de Siva, Choulet ne s'est pas fait que des amis dans les milieux militants et associatifs bisontins, ces "cocos et petits bourgeois". A noter qu'envoyer quelqu'un en rétention administrative relève de "l'anecdote" pour notre journaliste. cela en dit long

Edouard Cholet propose d’assurer le SAV du groupuscule néonazi. S’il met un peu d’eau dans son vin, un brillant avenir lui est promis du côté de Minute où il pourra être responsable de la communication du FN

 « Vos réponses apportent un éclairage. La partie sur M; Le Pen est intéressante. il y a certains pont que j’aurai aimé développer comme ceux-ci :
A quelle date avez-vous reçu l’invitation de Le Pen ? Votez-vous FN ? » [sic]
Si besoin était, les courriels du journaliste nous éclairent au passage sur les liens que peuvent entretenir ces groupuscules les plus radicaux et le FN, le grand parti de l’extrême droite française.
Ensuite, déontologie et conscience professionnelle obligent, Edouard Choulet ne pouvait passer à côté d’une question fondamentale, sur laquelle les lecteurs francs-comtois doivent certainement s’interroger fortement : 
« Pensez-vous effectivement qu’il y a trop de kebabs à Morteau ? »

Puis notre journaliste souhaite poser des questions au néonazi pour connaître des positions que lui seul doit ignorer :

« Que pensez-vous du travail frontalier : gangrène-t-il notre territoire ? Faut-il fermer les frontières ? »

Edouard Choulet a dû se découvrir une nouvelle vocation lors de ces échanges de courriels : assurer le SAV de l’extrême droite la plus dure. Il se propose de casser les clichés dont souffrent les groupuscules néonazis :
      « Et bien justement, cassons ce cliché « de la haine raciale » »
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Edouard Cholet propose d’assurer le SAV du groupuscule néonazi. S’il met un peu d’eau dans son vin, un brillant avenir lui est promis du côté de Minute où il pourra être responsable de la communication du FN

Puisque le journaliste Edouard Choulet se sert de son adresse mail professionnelle pour échanger avec un néonazi avec lequel s’installe une certaine connivence, nous nous interrogions sur les positions du Groupe Publipresse.

Nous aimerions donc savoir si le Groupe Publipresse cautionne le fait  qu’un de leurs journalistes utilise sa position et ses informations pour dénoncer une personne sans-papier et ainsi la rappeler au bon souvenir de la préfecture. Cela rentre-t-il dans le champ éthique et déontologique de la profession ?

Est-ce que le Groupe Publipresse approuve le fait qu’un de leurs journalistes utilise son rôle supposé dans l’expulsion de cette personne sans-papier pour se rapprocher d’un suprémaciste blanc ? Au-delà, le Groupe Publipresse partage-t-il également le projet de son journaliste de « casser le cliché « de la haine raciale » » ?

Parce que ces questions nous paraissent capitales, nous proposons de les poser directement aux collègues de l’intéressé, à savoir la rédaction de La Presse Bisontine, ainsi que les co-gérants du Groupe Publipresse, dont voici les contacts publics (via do not link).

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La rédaction de La Presse Bisontine et les co-gérants du Groupe Publipresse approuvent-ils les méthodes d’Edouard Choulet ?

À l’heure où on parle de la ré-attribution de la carte de presse, au vu des méthodes employées, le journaliste Edouard Choulet mérite-t-il la sienne ?

 

Source originale des captures d’écran des échanges :

Les confusionnistes qui favorisent la montée du fascisme en Europe

LE VRAI VISAGE D’ETIENNE CHOUARD (FRANCE)

Professeur d’économie en lycée, Etienne Chouard (1) se fait connaître en France à partir de 2005, en participant à la lutte contre le projet de constitution européenne (TCE). Cependant, à la différence d’opposants de gauche, comme Raoul Marc Jennar qui fait le tour de la France en 150 conférences-débats contre ce projet de constitution, Etienne Chouard ne quitte quasiment jamais son ordinateur durant cette période et débat donc, sur son blog, avec chacune des deux mouvances qui refusent ce projet : la gauche radicale et l’extrême-droite (au total 55% des votants français). Conséquence de cette victoire, Etienne Chouard caresse le mythe de l’union des contraires contre le pouvoir en place et se rapproche d’organisations d’extrême droite prônant également ce rapprochement, à commencer par Egalité et réconciliation dont le président-fondateur se revendique « national-socialiste » (2) et avec laquelle il multiple les rencontres, conférences (34), entretiens et soutiens mutuels. Ménageant la chèvre et le chou, les racistes et les antiracistes, les phallocrates et les féministes, Etienne Chouard choisit une posture angélique et ambiguë sur de nombreux sujets. Il essaie notamment de faire croire que toutes les idées se valent, y compris les plus nocives et dangereuses visant des groupes discriminés ou menacés (femmes, migrants, juifs, musulmans…). Comme tous les fascistes, il feint de ne pas comprendre que la première des libertés, c’est celle de vivre, et non d’exprimer un propos qui menace la vie d’autrui (incitations à la haine, discriminations, boucs-émissaires, théories du complot, lynchages ou inégalités violentes qui peuvent mener à l’élimination physique). Dans cet esprit relativiste et hasardeux, Etienne Chouard prophétise une solution unique à tous les problèmes : le tirage au sort, et s’en proclame le chantre sur son blog, dans des médias de tous bords, dans des conférences-débats et dans des ateliers dits « constituants ». Il associe les travaux de ses prédécesseurs aux interprétations les plus farfelues. Il idéalise abusivement la Grèce antique (5) comme le fait traditionnellement toute la nébuleuse fasciste. Et surtout, il mélange ses sources de gauche et antiautoritaires (Rousseau, Castoriadis) à la promotion de nombreux analystes et commentateurs d’extrême droite (6).

Sa méthode est principalement basée sur la confusion (confusionnisme) et favorise de plusieurs manières la montée du fascisme. Ainsi, Etienne Chouard brouille les marqueurs politiques et, surtout, dédiabolise l’extrême droite, notamment en prétendant qu’Alain Soral est un « vrai résistant », que le Front National est « à gauche » et qu’il n’est « pas un danger » (7), ou encore en répétant partout que « l’unique fascisme » est celui de l’argent et des institutions qui lui donnent sa puissance (8). En dix ans, Etienne Chouard est devenu le prototype de la passerelle entre la gauche radicale et l’extrême droite. A ce titre, avec la mouvance confusionniste, il est l’une des causes de la montée de l’extrême droite en France et de la stagnation des mouvements libertaires et de gauche radicale (alors que ces mouvements se développent ailleurs, notamment en Grèce et en Espagne).

Voici l’essentiel de sa méthode décomposée en 10 points, tous parfaitement vérifiables. Il existe de nombreuses preuves sur Internet pour chacun des 10 points : des vidéos, des textes, mais aussi des copies d’écran et de vidéos, puisque nous avons pris soin de tout archiver, notamment ce que certains pourraient essayer de faire disparaître (la liste des liens prouvant ces 10 points n’est pas exhaustive, des dizaines d’autres existent). A l’heure où le fascisme est aux portes du pouvoir en France (9), il est urgent de démasquer ceux qui, depuis dix ans, contribuent à le renforcer.

1 – Etienne Chouard soutient de nombreuses personnalités d’extrême droite, comme le prouve le schéma montrant ses nombreux liens confirmés par les copies d’écran de ses propos (6).

2 – Etienne Chouard soutient de façon privilégiée, ancienne et réciproque Alain Soral (710), l’un des chefs de file de l’extrême droite française (910) avec son organisation Egalité et Réconciliation, qui se déclare « prêt à tuer » ses opposants politiques (9). Alain Soral se revendique « national-socialiste » (2), soutient le parti néonazi Aube dorée en Grèce (1314) ainsi que Jean-Marie Le Pen en France (13). Il a été membre de la direction du Front National et a été condamné pour antisémitisme et provocation à la haine (16).

3 – Etienne Chouard propage l’idée que les fascistes ne sont pas fascistes ; il refuse notamment ce qualificatif et celui d’extrême droite(8) pour « les racistes », « les antisémites », « catholiques traditionnalistes », « les partisans de la peine de mort » et « les partisans de l’interdiction du droit des femmes à l’avortement ». Etienne Chouard va jusqu’à affirmer que le Front National est « à gauche, vraiment à gauche » et que « le danger, ce n’est pas Le Pen » (7). Il appelle également à renforcer les frontières et à lutter contre l’immigration (17).

4 – Etienne Chouard propage l’idée que les antifascistes sont de vrais fascistes et publie, le 27 mai 2013, une accusation selon laquelle les antifas seraient même payés par le pouvoir, exactement une semaine avant l’assassinat du jeune antifa Clément Méric à Paris (18).

5 – Etienne Chouard diffuse des théories conspirationnistes (61920), de surcroît situées sur des sites d’extrême droite vers lesquels il envoie ceux qui le suivent (21).

6 – Etienne Chouard soutient le film hommage sur Robert Faurisson, célèbre négationniste de la Shoah, comme le montre la copie d’écran de son message de soutien à Paul-Eric Blanrue, réalisateur, publié sur le site du film, aux côtés de celui d’Alain Soral (22).

7 – Etienne Chouard idéalise abusivement la Grèce antique (procédé très répandu dans l’extrême droite, de la Nouvelle Acropole à l’Institut Iliade et du G.R.E.C.E. à Aube Dorée) et fait de nombreux contresens sur l’Athènes classique, notamment au niveau des chiffres et de la réalité politique effective. Il va jusqu’à affirmer que « les plus pauvres ont gouverné durant 200 ans » en parlant de « gouvernement des 99% » (5). Et, comme tous ceux qui parlent de démocratie directe à l’extrême droite, notamment Yvan Blot (23) (Club de l’Horloge, Front National, fondateur du site democratiedirecte.fr), Etienne Chouard ne parle quasiment jamais d’expériences plus récentes et plus poussées comme la Commune de Paris, l’Espagne libertaire, le Chiapas au Mexique, le quartier d’Exarcheia à Athènes, etc.

8 – Etienne Chouard occupe et détourne l’espace de réflexion sur la démocratie directe, en pratiquant l’imposture (il se prétend à la fois anarchiste et nationaliste), la confusion (il mélange des fragments d’œuvres de Castoriadis ou Rousseau avec des éléments qui n’ont absolument rien à voir), la diversion et agit comme une passerelle vers l’extrême droite (18), au point de déboussoler, parfois, ses soutiens qui finissent par le quitter (2425).

9 – Etienne Chouard se comporte à l’intérieur de son réseau à l’inverse des principes qu’il évoque. Il multiplie les similitudes avec l’attitude d’un gourou à l’égard de ses disciples (26), d’un prophète avec ses apôtres ou d’un général devant ses troupes, souvent à la limite du ridicule (18). Il utilise notamment le procédé très courant dans l’extrême droite qui est d’inverser les rôles et de se positionner systématiquement en victime (exactement comme Marine Le Pen et Alain Soral). Ce procédé est également la base du fonctionnement des sectes.

10 – Etienne Chouard fonctionne comme un lobby à l’extérieur de son réseau, sur Internet et dans les mouvements sociaux, en utilisant le secret, l’entrisme et la manipulation. Il baptise ses fans, autour de lui, ses « Gentils Virus » en mission pour diffuser sa parole (évangéliser), surnommée avec grandiloquence « Le Message », de façon très organisée, un peu partout et le plus souvent sous couvert d’anonymat. Faut-il s’étonner du choix du mot virus ? Un virus est le vecteur, non pas d’un progrès, mais d’une maladie, et son étymologie ne souffre aucune ambiguité : virus en latin signifie poison.

Synthèse collective, 17 mars 2015

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Sources:

1. Présentation globale d’Etienne Chouard : http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20141204.OBS7040/le-trouble-monsieur-chouard.html

2. Alain Soral se revendiquant « national-socialiste » : http://tempsreel.nouvelobs.com/l-enquete-de-l-obs/20140124.OBS3766/antisemite-national-socialiste-comment-devient-on-alain-soral.html

3. Conférence commune de Etienne Chouard avec Marion Sigaut (membre d’Egalité et Réconciliation, catholique intégriste, anti-Lumières et contre-révolutionnaire) : [Les Lumières : un éclairage inattendu – Egalite et Réconciliation](http://www.donotlink.com/bn9a)

4. Marion Sigaut avec l’Alliance Royale : http://www.donotlink.com/e5ad

5. Etienne Chouard mythifiant abusivement la Grèce antique : http://www.donotlink.com/e5ae

6. Schéma des nombreux liens d’Etienne Chouard avec l’extrême droite : http://www.spanishbombs.net/?p=14

7. Etienne Chouard soutenant Alain Soral et affirmant que le Front National est à gauche et n’est pas un danger : http://www.donotlink.com/e5ag

8. Etienne Chouard changeant la définition de l’extrême droite : http://www.donotlink.com/e5ah

9. Alain Soral s’affirmant « prêt à tuer pour la pureté » : http://www.donotlink.com/e5ai

10. Alain Soral soutenant Etienne Chouard : http://www.donotlink.com/e5aj

11. La dissidence soralienne, c’est la BAC de la pensée : http://www.donotlink.com/e5ak

12. Schéma global de l’extrême droite : http://lahorde.samizdat.net/wp-content/uploads/2014/04/SchémaED_2014_LaHorde.pdf

13. Egalité et Réconciliation soutenant Aube dorée : http://www.donotlink.com/b124

14. Alain Soral soutenant Aube dorée, malgré l’assassinat récent de Pavlos Fyssas : http://www.donotlink.com/e5am

15. Alain Soral soutenant Jean-Marie Le Pen : http://www.donotlink.com/e5an

16. Alain Soral condamné pour antisémitisme et provocation à la haine : http://www.liberation.fr/societe/2014/11/21/alain-soral-condamne-a-6-000-euros-d-amende-pour-provocation-a-la-haine_1147821

17. Etienne Chouard appelant à renforcer les frontières et à lutter contre l’immigration : http://www.donotlink.com/pvu

18. Témoignage et analyse de Yannis Youlountas : http://youlountas.net/spip.php?rubrique84

19. Etienne Chouard, cheval de Troie des théories conspirationnistes : http://rebellyon.info/Alerte-antifasciste-Etienne.html

20. Etienne Chouard et les théories du complots : http://www.conspiracywatch.info/Etienne-Chouard-chez-les-Amis-du-Monde-diplo-la-descente-aux-enfers_a721.html

21. Etienne Chouard et ses inspirateurs d’extrême-droite : http://conspishorsdenosvies.noblogs.org/post/2011/09/14/etienne-chouard-et-ses-inspirateurs-dextreme-droite/

22. Etienne Chouard soutenant le film hommage sur le négationniste Robert Faurisson : http://i1.wp.com/reflets.info/wp-content/uploads/2013/01/soutien-faurisson.png

23. Rencontre « très intéressante » (sic) entre Etienne Chouard et Yvan Blot : http://www.donotlink.com/e5ap

24. Le malaise autour d’Etienne Chouard : http://affreuxsalebeteetmechant.20minutes-blogs.fr/archive/2011/09/19/je-suis-un-fasciste-bien-pensant.html

25. Les soutiens de Chouard déboussolés finissent par le quitter : http://confusionnisme.info/tag/etienne-chouard/

26. Les sectes politiques et leurs gourous : http://reflets.info/les-sectes-politiques-et-leurs-gourous-soral-asselineau-chouard/

comptoirparasite

Comprendre la néo-gauche réactionnaire

Que se cache-t-il derrière « l’impertinence » ?

Voici un petit commentaire sans prétention basé sur un texte commis par Kévin Boucaud Victoire du PCF93-Bagnolet, notre « impertinent » préféré, qui, outre sa promotion à l’Humanité, sévit désormais du côté du site très réac « Comptoir » (répertorié ici), refuge d’une bonne partie des anciens du non moins réac Ragemag, dont il est l’héritier spirituel.

Le texte dont proviennent les extraits est consultable ici [via donotlink.com, vous pouvez cliquer sereins] : Comprendre et lutter contre l’avènement du néo-capitalisme avec Michel Clouscard

Non pas que notre auteur mérite autant d’attention mais parce qu’il symbolise le glissement vers la droite qui s’opère depuis un certain temps. Les idées réactionnaires s’implantent dans toute une frange de la gauche de la gauche, imprégnée par les discours de maîtres-penseurs et artisans du confusionnisme tels Jean-Claude Michéa ou feu Michel Clouscard. Il convient donc de ne pas ignorer ce phénomène qui permet à des idées rétrogrades habituellement cantonnées à l’extrême droite de s’implanter durablement dans le champ politique.

Le premier élément sur lequel on tiquera, c’est évidemment ce titre : « Comprendre et lutter contre l’avènement du néo-capitalisme avec Michel Clouscard« . Toute ressemblance avec le titre d’un livre d’Alain Soral existant ou ayant existé serait purement fortuite. Décidément, Soral semble être une inépuisable source d’inspiration pour cette néo-gauche réactionnaire. Cette tournure « néo-capitalisme » vient simplement remplacer ce que tonton Soral appelle « l’empire », concept conspirationniste et pour le moins farfelu. « Impertinence » oblige, il y ajoute toutefois la notion de lutte, mais qui est ici complètement stérile vu que, outre la nature inopérante de son analyse, aucune clé n’est donnée. Une fois le condensé de préceptes réactionnaires avalé, nous chercherons vainement une piste tracée pour lutter ou reprendre le chemin de la lutte des classes. On retiendra donc de ce titre, qu’il faudrait juste empêcher l’avènement de ce néo-capitalisme et conserver l’ancien et ses bonnes vieilles valeurs. D’ailleurs, on ne sait pas trop ce qui différencie fondamentalement néo-capitalisme et capitalisme en raison de l’absence d’une explication claire. Nous penserons donc que le rajout du terme « lutter » a pour principale fonction de maquiller la similitude avec le titre « Comprendre l’empire ». Soulignons qu’à la façon d’un Soral, « l’impertinent » a généralement cette tendance à nous abreuver de néologismes, de mots composés ou de mots sophistiqués dans un word dropping assez indigeste et un peu prétentieux. C’est peut-être une leçon qu’il a retenue du gourou d’Egalité & réconciliation pour essayer d’hypnotiser les foules et passer pour un intello.


« Le 21 février 2009 décédait Michel Clouscard. L’anniversaire de sa mort est une excellente occasion pour redécouvrir sa pensée à la fois originale et fidèle au marxisme, qui reste d’une actualité criante. »


Dès l’introduction nous sommes gâtés. Lorsque « l’impertinent » avance que la pensée de Clouscard est fidèle au marxisme, il doit probablement oublier un épithète : révisionniste. Car il s’agit bien d’une pensée qui participe largement d’un courant révisionniste du marxisme. Quant au caractère réactionnaire de cette pensée, il n’a absolument rien d’original.


« le capitalisme a viré à gauche au niveau politico-culturel et a viré à droite au niveau économico-social »


Genius ! Le capitalisme a donc viré à droite au niveau « économico-social« . SRSLY ? Le capitalisme, de droite ? Il nous fallait bien la finesse et l’expertise d’un analyste passé par Natixis pour brandir cette citation mettant en lumière une tendance qui devait avoir échappé à la plupart des observateurs. Quant à ce qui est appelé « virage politico-culturel à gauche du capitalisme » nous verrons la nullité de cette conception fourre-tout, qui se révèle dangereuse étant donné qu’à travers la dénonciation de la société de consommation sont surtout visées les conquêtes émancipatrices, notamment celles des femmes et des minorités sexuelles. Signalons qu’il s’agit là logiquement d’une des vues de Clouscard préférées d’un Soral qui se réclame de la gauche du travail et de la droite des valeurs, sorte d’antithèse et de rempart à la supposée décadence (morale surtout) de la société du « capitalisme libéral-libertaire« .


« Mai 68 : tout est permis, mais rien n’est possible

Si Clouscard s’illustre déjà grâce à sa thèse, L’Être et le code, soutenue en 1972 sous la direction du célèbre sociologue marxiste Henri Lefebvre, c’est l’année suivante que sa pensée se révèle au public avec Néo-fascisme et idéologie du désir. Dans ce pamphlet contre le « freudo-marxisme » (parmi lesquels il classe Gilles Deleuze ou encore Herbert Marcuse), il livre une analyse – imparfaite mais révolutionnaire – de mai 68 et ses conséquences sur la société française.« 


Nous voilà face à cette obsession très soralo-zemmourienne sur mai 68 qui aurait sabordé les bonnes vieilles valeurs traditionnelles de notre beau et cher pays la France éternelle. Evidemment, les progrès que constituent l’affirmation de l’égalité sexuelle, l’IVG pour les femmes, ou la libération des moeurs notamment sur le plan sexuel, voilà qui doit fortement déplaire aux réacs paternalistes de tous poils, dont nos Clouscard, Michéa, Soral ou « l’impertinent ».


« Si le PCF – tout comme la CGT – a soutenu le mouvement ouvrier, le principal mouvement social du XXe siècle rappelons-le, il a longtemps méprisé le mai 68 étudiant, qu’il qualifiait de « bourgeois » et coupable, selon lui, de menacer l’hégémonie du Parti au sein de la gauche de la gauche.« 


Cette tournure ambiguë prête à confusion. Qu’entend-il par principal mouvement social du XXe siècle ? Si c’est le mouvement ouvrier dont il est question, c’est une vérité de La Palice. Considérant tournure et syntaxe, nous saisirons qu’il désigne par là le mouvement ouvrier de 1968. Ainsi donc, il aurait été un mouvement plus important que les grèves de 1936 ou de 1947 ? Au tout début du 20e siècle, il y a également eu de grands mouvements sociaux d’une classe ouvrière de plus en plus déterminée. Si dans l’inconscient collectif mai 1968 tient une grosse place, nous attendrons les éléments matériels qui permettent à « l’impertinent » d’affirmer cela. Par exemple, les grèves de 1936 se sont muées en une situation quasi-révolutionnaire où la bourgeoisie a eu peur de tout perdre (frayeur qu’elle n’a pas eue en 1968). Mais nous y reviendrons.

Rappelons aussi la nature du PCF et la CGT après la seconde guerre mondiale. Si, pour des raisons historiques, ils avaient une forte influence auprès de la classe ouvrière dans laquelle ils étaient très implantés, ils se sont souvent attachés à contenir tout mouvement contestataire et se sont mis à la remorque de la bourgeoisie fréquemment. Rappelons le fameux « Produire d’abord, revendiquer ensuite » de Thorez, qui sera la ligne de la CGT (et du PCF) pendant toute l’après-guerre. En ces années, PCF et CGT se méfiaient des mouvements sociaux et craignaient par dessus tout de se faire déborder par les travailleurs en lutte. Les grandes grèves insurrectionnelles de 1947 en sont le meilleur exemple. PCF et CGT ont joué un rôle éminemment contre-révolutionnaire dès les années trente suite au virage de la stalinisation, et ne l’ont pas quitté une fois la guerre finie.


« Ce « péché originel » de Clouscard ne l’empêche cependant par de tirer les bonnes conclusions quant aux conséquences de ce qu’il nomme « le 1789 des classes moyennes ».

« D’après lui en effet, mai 68 est avant tout la révolution des nouvelles classes moyennes éduquées qui cherchent à devenir dominantes au sein de la société. Il y voit le point culminant d’une ère, qui a débuté avec le plan Marshall. En « aidant » les pays européens, les Américains permettent surtout au Vieux-Continent d’accéder à leur modèle consumériste, qui entre en conflit avec le capitalisme d’État qui a cours à l’époque. Un nouveau marché du désir voit le jour, ainsi qu’une nouvelle classe moyenne. Selon le sociologue, le mouvement étudiant marque l’avènement de cette dernière. Il explique ainsi qu’il s’agit d’une lutte opposant trois personnalités symbolisant chacune une classe dominante différente. Une sorte de jeu de rôle entre « le père sévère (de Gaulle), l’enfant terrible (Cohn-Bendit), le libéral débonnaire (Pompidou) ».« 


« L’impertinent » reprend cette référence à 1789 quelque peu confuse, car nous ne savons pas si nous devons finalement comprendre que 1789 aurait été plus qu’une révolution profitant à une bourgeoisie qui se trouvait à l’étroit dans les carcans de l’Ancien Régime. Le petit Kévin devrait sérieusement réviser son marxisme pour éviter toute ambiguïté sur le sujet, surtout qu’il affirme derrière que les conclusions de Clouscard sont les bonnes. On devrait donc comprendre que la « révolution des classes moyennes » a été victorieuse, tout comme celle de 1789 (pour qui ? On ne saura jamais). Notons aussi qu’au travers de son exégèse, il semble approuver le concept flou de classes moyennes. Citons simplement ce passage du Manifeste : « Cependant, le caractère distinctif de notre époque, de l’époque de la bourgeoisie, est d’avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat. » Dans quel ensemble placer « les classes moyennes éduquées » alors ?

Nous observons une constante chez « l’impertinent », c’est la faiblesse de sa conception matérialiste, voire son inexistance. Ainsi, lorsqu’il parle de « capitalisme d’État qui a cours à l’époque » en France, nous ne savons pas sur quoi se base-t-il. Ensuite, il avance que ce capitalisme d’Etat serait en opposition avec un capitalisme basé sur un « modèle consumériste », là encore, sans fournir le moindre élément de compréhension. Nous verrons qu’il tape à côté, et que sa perception est totalement dénuée de matérialisme.

Enfin, ce passage se conclut sur une révélation capitale : il n’y aurait pas une classe dominante, mais trois, chacune représentée par une personnalité différente.  Nous nous demanderons donc combien peut-il exister de prolétariats différents.


« les bases de sa critique du nouveau visage du capitalisme, qu’il qualifiera de libéral-libertaire »


C’est encore une idée que tous les réactionnaires à la Zemmour se sont appropriés. Ce type d’analyse pourrait laisser croire que l’idéologie libertaire serait indissociable du libéralisme, et qu’elle serait l’idiot-utile du capitalisme, ce qui est une pure construction sophistique. Cette réalité n’existe que dans les têtes tordues de nos réacs : historiquement, le libéralisme économique a toujours été accompagné par un conservatisme des moeurs. « Printemps français » et « manif pour tous » sont des avatars contemporains de cette tendance, bien que par opportunisme, ils feignent de s’inquiéter parallèlement de la condition des ouvriers de Peugeot à Aulnay par exemple.


« Pour Clouscard, le mai 68 étudiant est « l’alliance sournoise du libéral et du libertaire pour liquider le vieux, qui a dû s’en aller ». En effet, si le président de la République de l’époque représente la bourgeoisie traditionnelle, dont les valeurs servent de rempart au capitalisme fou – sans pour autant représenter une alternative anticapitaliste –, il n’en va pas de même pour les deux autres protagonistes. L’ancien Premier ministre, et ex-directeur général de la banque d’affaires Rothschild, préfigure le néolibéralisme, c’est-à-dire le capitalisme inhumain qui asservit les hommes en les soumettant au désir compulsif de consommer.« 


N’en jetez plus, le bon vieux capitalisme à la papa était donc humain. Visiblement notre ami « impertinent » n’a pas idée de ce que pouvait être la condition ouvrière du début du 20e siècle, ou même de l’après-seconde guerre mondiale. On aurait aimé le voir ouvrier dans les usines Renault de Billancourt à la fin des années 40, subir le rationnement, et ainsi jouir du « capitalisme humain ».

Pour ce qui est du cas de la France, Nous rappellerons que le capitalisme de l’après Seconde Guerre Mondiale était adapté aux besoins de la reconstruction, notamment des infrastructures. Une reconstruction que seul un Etat fort et un capitalisme productif et industriel pouvaient assurer (dans un ordre bourgeois). La crise du Gaullisme et donc mai 68 correspondent à la fin de cette phase de reconstruction. Ce que « l’impertinent » appelle le « capitalisme inhumain », c’est celui de l’ère où la croissance diminue et où le capital cherche d’autres débouchés, au travers de la finance et de la spéculation. Cette mutation s’est déjà déjà produite au cours de l’Histoire, comme au début du 20e siècle, ou encore dans les années trente. Peu sensible au matérialisme, « l’impertinent » préfère penser que le « néolibéralisme » est incarné par Pompidou « ex-directeur général de la banque d’affaires Rothschild« . Néolibéralisme, banque Rothschild, ne manquent alors que des termes comme oligarchie et bankster, pour retrouver un champ lexical cher à l’extrême droite…


« La libéralisation totale des mœurs qu’il prône permet d’émanciper les Français des vieilles valeurs – certes parfois étouffantes –, pour les soumettre à l’idéologie de la consommation de masse. Ce libertarisme – qui n’a pas grand-chose à voir avec le libertarisme authentique – défend une libéralisation de la conscience de classe au profit de l’assouvissement des envies. La séduction du capitalisme peut enfin atteindre son apogée et l’illusion consumériste paraît indépassable. Mai 68 annonce alors le partage du gâteau entre les trois pouvoirs du consensus suivant : social-démocrate, libéral, libertaire. Au premier, on laisse la gestion administrative, au second la gestion économique, enfin au dernier celle des mœurs nécessaires à l’avènement d’un marché du désir. La conséquence est un asservissement sans précédent dans une société où tout semble permis mais où, en réalité, rien n’est possible.« 


Et voilà, encore cette fameuse dissociation « progrès social » et « progrès sociétal », une négation totale de l’histoire du mouvement ouvrier : Si des dirigeants du mouvement ouvriers sexistes ou racistes ont toujours existé, il est bon de rappeler que les mouvements de masse majeurs ont toujours été source d’émancipations pour les minorités.
La Commune de Paris donne le droit de vote et d’être élue aux femmes et aux étrangers.
La Révolution russe, elle aussi ouvre les droits politiques aux femmes, légalise le divorce, l’homosexualité et l’IVG, met fin aux pogroms, etc.
C’est, par contre, la contre-révolution stalinienne qui reviendra sur chacune de ces avancées, glorifiant la famille, l’armée, etc.

Historiquement, le mouvement ouvrier a donc permis de mettre fin à des oppressions subies par des minorités, ethniques ou sexuelles. Voilà pourquoi la vieille morale a toujours été combattue. Et c’est l’avènement de Staline qui provoque un tournant rétrograde influençant une importante fraction de la classe ouvrière. Staline ayant une vision réactionnaire de le famille, dans les années trente, le retour à l’ordre moral et aux vieilles valeurs devient une des lignes du komintern, dont la propagande est assurée en France par le PCF, la CGT et l’Huma qui se chargent de la diffuser dans les classes populaires.

Du reste, sur ce point encore, c’est une vision que « l’impertinent » partage avec Alain Soral. Notre bigot est probablement frileux sur la question de l’évolution des moeurs, lui qui avait du mal à dissimuler son hostilité à l’égard du mariage gay (bien que, culotté, il ait déclaré par la suite avoir soutenu le mariage pour tous).

Puisque notre « impertinent » se dit communiste, nous l’inviterons à lire ce texte vieux de 95 ans d’Alexandra Kollontaï, révolutionnaire et militante communiste et féministe à la pensée déjà plus évoluée que celle notre « impertinent », avec sa tête remplie de toile d’araignées : La famille et l’Etat communiste. Si besoin en était, il prouve encore une fois que la dissociation « progrès social » et « progrès sociétal », dont certains intellectuels ont fait leur fonds de commerce, est une vaste duperie.


 

« Cette combinaison a permis l’installation d’une « social-démocratie libertaire », qu’il nomme également le « libéralisme libertaire ». C’est un système en constante révolution : l’ancienne description marxiste d’un capitalisme en mouvement perpétuel [iii] détestant la stabilité devient plus que jamais d’actualité. »

ainsi que la note :  » [iii] « Cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes » écrivent Karl Marx et Friedrich Engels dans Le Manifeste du Parti communiste (1848). »


 

L’amputation de la citation du Manifeste du Parti communiste notée en [iii] relève de la truanderie. En effet, c’est de la production dont il s’agit quand Engels et Marx parlent de cette agitation et cette insécurité perpétuelles. 


[citation clouscard]  » « L’État a été l’instance superstructurale de la répression capitaliste. C’est pourquoi Marx le dénonce. Mais aujourd’hui, avec la mondialisation, le renversement est total. Alors que l’État-nation a pu être le moyen d’oppression d’une classe par une autre, il devient le moyen de résister à la mondialisation. C’est un jeu dialectique. » « 


A grand renfort de citation, « l’impertinent » fait donc passer son message patriotique et chauvin. L’Etat-nation serait donc l’ultime rempart contre la « folie » du « néo-capitalisme » [n.d.l.r. des élites apatrides mondialisées]. Vu qu’on reste encore sur notre faim, il faudra tout de même qu’il nous explique sur quoi repose le « néo-capitalisme » et ce qui le différencie fondamentalement de « l’ancien » capitalisme, ce bon vieux capitalisme à la papa qui semble avoir ses faveurs. Sur cette question de l’Etat bourgeois et de la nation, il faut une nouvelle fois renvoyer le petit Kévin à son communisme (puisqu’il s’en réclame), et lui rappeler Le Manifeste (en fait, peut-être devrait-il tout simplement le lire) :

« Déjà les démarcations nationales et les antagonismes entre les peuples disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté du commerce, le marché mondial, l’uniformité de la production industrielle et les conditions d’existence qu’ils entraînent.

Le prolétariat au pouvoir les fera disparaître plus encore. Son action commune, dans les pays civilisés tout au moins, est une des premières conditions de son émancipation. »

Précisons à nouveau que la pensée de Clouscard a épousé une ligne révisionniste du marxisme adoptée par le PCF depuis les années trente. La question de la souveraineté nationale y tient une place importante. Aux yeux de « l’impertinent », naïf, les écrits de Clouscard doivent certainement abroger le Manifeste, texte fondateur du courant communiste.


« Clouscard a cependant su dépasser la simple analyse pour proposer également des solutions. Étonnamment, pour un marxiste, la défense de l’État-nation fait partie de ses combats, sans jamais verser pour autant dans un quelconque nationalisme. » 


Nous soulignerons ici la malhonnêteté intellectuelle de notre impertino-communiste, en rappelant tout d’abord quelques éléments de définition du nationalisme extraits de dictionnaires : « Le nationalisme est un principe politique, né à la fin du XVIIIe siècle, tendant à légitimer l’existence d’un État-nation pour chaque peuple » ; « Sentiment qui consiste dans l’exaltation de l’idée nationale, doctrine politique basée sur ce sentiment » ; « Théorie politique qui affirme la prédominance de l’intérêt national par rapport aux intérêts des classes et des groupes qui constituent la nation ou par rapport aux autres nations de la communauté internationale« . Ensuite, rajoutons que cette supercherie est un grand classique de la gauche souverainiste qui ne supporte pas de se faire qualifier de nationaliste, terme qu’elle juge infamant, bien qu’elle en ait tous les attributs.


« Depuis la Révolution de 1789, les grandes avancées n’ont été obtenues que par l’État-nation. Son dépassement n’est donc, actuellement, pas souhaitable. »


Alors là, notre « impertinent » sombre en plein révisionnisme, ou peut-être est-ce plutôt le vernis intello qui se craquelle, et étale-t-il tout simplement sa profonde méconnaissance de l’histoire du mouvement ouvrier. Le meilleur conseil que nous pourrions lui donner c’est de s’intéresser à la période de 1936 – dont la gauche réformiste nous rebat les oreilles – où le gouvernement de Front populaire fut le sauveur de l’ordre de bourgeois : les concessions faites aux travailleurs en grève générale ne le furent que dans le but d’éviter que la mobilisation ne vire à la révolution. Rien de tel que de rappeler les propos de  Léon Blum lui-même pour démythifier l’action du Front populaire et donc révéler la vraie nature du réformisme. Lors de son procès en mars 1942, Léon Blum expliqua comment il avait sauvé l’ordre bourgeois :

« Je vous demande messieurs de vous souvenir. Rappelez-vous que les 4 et 5 juin, il y avait un million de grévistes. Rappelez-vous que toutes les usines de la région parisienne étaient occupées. Rappelez-vous que le mouvement gagnait d’heure en heure et de proche en proche la France entière (…). La panique, la terreur étaient générales. Je n’étais pas sans rapports moi-même avec les représentants du grand patronat… Je me souviens qu’on me disait ou me faisait dire par des amis communs : Alors quoi ? c’est la révolution ? Alors quoi ? Qu’est-ce qu’on va nous prendre ? Qu’est-ce qu’on va nous laisser ? » Puis Blum de citer Albert Lebrun, alors président de la république : « les ouvriers ont confiance en vous. Puisque vous ne pouvez convoquer la Chambre avant samedi, et que certainement dans votre déclaration ministérielle vous allez leur promettre le vote immédiat des lois qu’ils réclament, alors, je vous en prie, dès demain, adressez-vous à eux par la voie de la radio. Dites-leur que le Parlement va se réunir, que, dès qu’il sera réuni, vous allez lui demander le vote rapide et sans délai des lois dont le vote figure sur les cahiers de revendications en même temps que le relèvement des salaires. Ils vous croiront, ils auront confiance en vous, peut-être ce mouvement s’arrêtera-t-il ? »

Ayant craint le pire face à l’ampleur de la mobilisation, la bourgeoisie avait donc cédé les 40 heures, les congés payés et des augmentations substantielles de salaire. Ces concessions ont simplement été ratifiées par le Front populaire qui avait évidemment trouvé le soutien de la droite pour l’occasion puisqu’il s’agissait de sauver l’ordre bourgeois. « L’impertinent » tord donc une nouvelle fois les faits en affirmant que « les grandes avancées n’ont été obtenues que par l’État-nation ». Et il en est ainsi pour tout ce que la gauche réformiste petite-bourgeoise aime ranger dans la case du « progrès social ». Ces conquêtes sont en fait toutes des concessions arrachées à la bourgeoisie et au grand capital au fil des luttes menées par les travailleurs. Si ces avancées arrachées ont été validées dans les parlements des institutions de l’Etat bourgeois par des politiciens, ces derniers n’en sont absolument pas les artisans.


« Le capitalisme libéral ne s’exprime, dans sa forme moderne, qu’à travers la mondialisation et l’Union européenne qui détruisent toutes les marges de manœuvre économique.« 


On retrouve toujours ces vieilles rengaines chauvines sur le libéralisme,  la mondialisation et l’Union Européenne. Que ce soit à DLR, à l’UPR ou au FN, on nourrit les mêmes obsessions du côté des droites, radicale et extrême, souverainistes. En revanche, en bon souverainiste lui aussi, « l’impertinent » évite toujours soigneusement de s’en prendre à la classe dominante et à sa propriété vu qu’avant tout il respecte profondément la légalité bourgeoise. Quand il nous parle des marges de manœuvre économique, c’est littéralement de la bouillie réformo-souverainiste.

Et « l’impertinent » de nous réciter ses mantras très chevènementistes dans un style qui laisse à désirer :


« Voilà pourquoi Clouscard, comprenant le danger de la monnaie unique, s’engage avec le PCF contre le traité de Maastricht et pour la défense de la souveraineté nationale, seul fondement de la souveraineté populaire.« 


Cette dernière maxime (bancale du fait de la répétition) relève du nationalisme, et n’invite vraiment pas à reprendre le chemin de la lutte des classes. C’est encore une tromperie bien dans la tradition des trahisons du PCF : faire d’une structure bureaucratique étrangère l’ennemi n’a pour une unique but que de dédouaner et d’épargner la bourgeoisie, bien française elle.


« Alors que le capitalisme organise la dérégulation de la morale »


Le mot est lâché. Notre « impertinent » bigot est froissé par l’évolution de la société sur le plan de la morale, jugeant que c’est une dérive, causée par le capitalisme. Il rentre en plein ici dans un de ses espaces favoris, le champ réactionnaire, nous prouvant qu’il n’y a pas de miracle à attendre d’un bigot, fusse-t-il de gauche.


 

« Pour finir, afin de résoudre les contradictions posées par les conflits de classes, il propose la création d’une « chambre des représentants du monde du travail » où seraient débattues les grandes options de la société. Ce « parlement du travailleur collectif » aurait pour but de permettre une autogestion démocratique de l’ensemble des travailleurs. »


 

En fouillant bien, nous trouverons tout de même ce que « l’impertinent » voit comme une piste de lutte contre l’avènement du néo-capitalisme. Nous comprendrons que Clouscard revisite ici le système des soviets à la sauce réformiste. Leur lutte se limitera donc à attendre que la création de conseils provienne de l’Etat bourgeois, suite à un succès électoral d’un quelconque parti de gauche. Vaste programme.


« Intellectuel très en avance sur son temps, Michel Clouscard a cependant été marginalisé au sein de son propre camp, qui lui a préféré son rival Louis Althusser. Au point de laisser le monopole de sa postérité au national-socialiste Alain Soral, qu’il a pourtant tenu à désavouer dans les colonnes de l’Humanité avant sa mort en expliquant notamment ne l’avoir « jamais désigné comme héritier »« 


Clouscard en avance sur son temps ? Vu comme la réaction a le vent en poupe actuellement, il nous sera difficile ici de contester cette affirmation de « l’impertinent ». Et si Soral n’a pas été désigné officiellement héritier, c’est bien lui qui incarne la succession de cette pensée. Mais c’est cocasse de voir notre « impertinent » feindre de s’en prendre à Soral, alors que, fasciné par le « polémiste », il s’approprie nombre de ses points de vue.


« Si Clouscard, qui ignorait (voire méprisait) complètement les problématiques écologiques ou les combats dits « minoritaires » (féminisme, antiracisme, etc.),  n’est pas exempt de critiques, son apport reste essentiel.« 


Voilà qui rapproche Clouscard de notre « impertinent », hostile au mariage pour les personnes de même sexe ou à la PMA, combat du « libéralisme-libertaire » qu’il jugeait forcément d’arrière-garde. Encore une fois, Soral est sur la même ligne. Ces joyeux drilles diviseront toujours le progrès.


« Il a en effet été le premier à comprendre ce que – deux décennies après lui – Luc Boltanski et Ève Chiapello ont nommé « le nouvel esprit du capitalisme ». En percevant dans la montée du libéralisme-libertaire l’avènement d’une classe moyenne éduquée et urbaine soumise à ses désirs et à sa libido, le philosophe préfigure la littérature houellebecquienne.« 


Assouvir désirs et libido, voilà qui doit être insupportable à notre théophilo-gauchiste. Nous relèverons une nouvelle mystification avec la convocation de Luc Boltanski : inscrire le sociologue dans la lignée de Clouscard participe de la plus grande des escroqueries, particulièrement en l’associant à cette notion de critique du « libéralisme-libertaire », lui qui dénonce fermement la droitisation des idées.


« On retiendra donc surtout de lui qu’il a su comprendre que la libéralisation des mœurs prônée par la petite bourgeoisie, sans remise en question du capitalisme, rejoint la fausse liberté de consommer défendue par la grande bourgeoisie.« 


Construction sophistique là encore. Mais répéter une sottise ne la transforme pas pour autant en vérité. On aura saisi la pensée de « l’impertinent » pour qui la libéralisation des moeurs ne serait qu’une revendication propre à la « petite bourgeoisie« . Relevons ici que le terme petite bourgeoisie a remplacé classes moyennes éduquées. Si l’on retranche ce qu’il appelle les classes moyennes (dont on a eu aucune définition matérialiste en passant) du prolétariat, la classe productrice se retrouve archi-minoritaire. Autre point interpellant qu’il convient de contrer, la grande bourgeoisie ne défend pas la liberté de consommer mais sa propriété bourgeoise et sa liberté d’exploiter. C’est une notion matérialiste du marxisme le plus élémentaire.

Enfin, nous constaterons que l’absence de recul de notre « impertinent » sur le cas Clouscard est frappante : il semble ignorer que le philosophe « marxiste » n’avait pour dessein que la légitimation d’un PCF déclinant de l’ère post-stalinisme et qui avait fini de renier complètement la pensée de Marx – notamment en abandonnant toute référence à la dictature du prolétariat. Clouscard n’a eu de cesse de coller coûte que coûte à la ligne du parti. En clair, sa pensée n’était absolument pas libre et servait plus de caution intellectuelle à la propagande d’un PCF qui avait fini de trahir la classe ouvrière depuis longtemps déjà.

Mais derrière cette obsession à défendre Clouscard se cache surtout un penchant pour les vieilles idées réactionnaires bien dans l’air du temps. Dans ce domaine, « L’impertinent » fait preuve d’une certaine constance, c’est le moins que l’on puisse dire.

 

Remerciement :

Les Morbacks Véners remercient fraternellement Spanish Bombs pour sa précieuse contribution.

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BONUS, nos desserts à nous : les liens dangereux de l’article

En fin d’article, notre « impertinent » recommande des liens dans la section « Nos Desserts« . Nous y avons trouvé quelques perles :

– Un lien vers les éditions Delga qui éditent entre autres l’historienne stalinienne aux méthodes contestables Annie Lacroix-Riz, membre par ailleurs du parti rouge-brun le PRCF et du Réseau Voltaire de Thierry Meyssan. Derrière « Le site des Éditions Delga qui rééditent la majorité des livres de Clouscard » se cache donc le lien : h*ttp://editionsdelga.fr/les-auteurs/

– Un lien vers le site des rouges-bruns du PCF-bassin d’Arcachon, une section à l’orientation stalinienne, qui verse dans le confusionnisme et le conspirationnisme et relaie entres autres les nationalistes du Comité Valmy ou Michel Collon. Derrière « Le Front National n’aura pas Clouscard » se cache donc le lien : h*ttp://www.pcfbassin.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=10595:le-front-national-naura-pas-michel-clouscard-par-christian-riochet&catid=82:actualites-2013

– Un lien vers le blog « laïcard belge » renommé depuis « République & Révolution – Blog de Galaad Wilgos » (Galaad Wilgos, sévissant aussi sur Comptoir…) à l’orientation pour le moins confuse. Sa blogroll est d’ailleurs assez indigeste vu qu’on y retrouve un peu tout et n’importe quoi dont des pseudopodes de Riposte laïque comme h*ttp://laic.info/ . Derrière « Le passage du libertaire au libéral, témoignage d’Anselm Jappe sur le blog de Galaad Wilgos » se cache donc le lien : h*ttp://laicard-belge.blogspot.fr/2012/03/le-passage-du-liberal-au-libertaire.html